Départ pour l’infernal 130 km 2026
Nous sommes le vendredi 11 septembre, il est 23h59, le téléphone est rangé et
coupé, le compte à rebours est lancé pour la dernière grosse balade de 2026.
Un départ sous les feux d’artifices et le logo de l’infernal en flamme, la musique
Afterlife d’Ivan Torrent, en fond. Comment décrire cette excitation du départ, cette
sensation de peur et d’espoir à la fois. Les dernières inquiétudes s’envolent au
moment où la première foulée est faite. C’est toute une marée humaine qui
m’emporte, motivée par la même passion la même envie, le dépassement de sois et
l’aventure
Je passe un début de nuit quasi solitaire sur les sentiers, quelques frontales par-ci
par-là, je profite à fond du terrain de jeu qui est comme j’aime, tanto accidenté, tanto
roulant. Un terrain ou on n’a pas le temps de s’ennuyer. La première partie de course
se passe hyper bien, je boucle mon premier objectif, passer les 50 premiers
kilomètres avant le lever du jour. Je vois mes amis aux ravitos, ça me donne une
pêche et une motivation incroyable. Au fur et à mesure du parcours, je découvre
l’amour inconsidérable des Vosgiens pour les KV (kilomètres verticaux).
Ce sentiment dans une montée à 45% ou tu lèves la tête et tu sais que tu n’es pas au
bout de tes peines. Dans ma tête je me dis effectivement que ce trail porte bien son
nom d’ “Infernal“. La suite du parcours en journée est ponctuée de rencontres. Tu
revois les dossards du 100, du 70 et du 50 km. Les discussions se fontnaturellement,
tu tutoies des personnes que tu ne connaissais pas il y a une heure.Tu partages
un moment de galère, ou le soutien de cet inconnu, dans cette montée
ou cette descente, te redonne de l’énergie. Toi-même tu encourage celui qui peine et
qui sens que ça devient dur. Ce sont ces moments là qui te font aimer le trail, tu y
revois cette convivialité et cette force commune qui nous réunis sur les sentiers.
La fin de course arrive, je me demande si j’arriverais à boucler mon deuxième
objectif, finir avant la nuit. Alors je décide de m’en donner les moyens, je me motive,
ravito après ravito, avec le sourire et les encouragements de mes amis. Redonner de
l’énergie et se focaliser sur la ligne d’arrivée. Je pense à mes amis qui ont passé une
nuit blanche et une longue journée à m’attendre. Sur la tête de course que j’ai réussi
à maintenir, tout au long du parcours. Tous les leviers sont bons pour finir. Le dernier
sprint de fin de course pour les derniers kilomètres. La ligne est là, elle est franchie,
avec cette première place à la clé. Un résultat que je n’aurais même pas osé rêver il
y a quelques semaines. Et pourtant je me dis que chaque sortie, chaque kilomètre
effectué depuis ces neuf dernières années, ont contribués à ce moment précis.
Cette victoire je la partage avec Manon et Yoan qui ont été là toute la journée, c’est
notre victoire. Je le ressens d’autant plus quand je vois l’émotion dans leurs yeux qui
finit par me faire craquer avec eux.
130 kilomètres ou LE CORPS et LA TÊTE poussent fort,
ou les AMIS et L’AMOUR de TES PROCHES TE PORTENT.
6000 mètres de dénivelé positif pour te prouver à toi-même que
tu as une force intérieur incroyable, que tu es capable de battre la douleur physique,
battre tes peurs et les choses qui polluent ta tête dans la vie de tous les jours.
L’ultra trail c’est une aventure intérieure et extérieure avec toi même, mais c’est
également une aventure humaine avec les autres.
Récit de Katia Saulnier / 130 km au bout de soi
